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Interview avec M. Mathieu Bosunga, de passage aux Etats-Unis d’Amérique.

 
     
 

Congoboston animé par le souci de tenir la diaspora informée non seulement par les nouvelles venant du Congo mais aussi surtout de nous faire beneficier des reflections sages, basées sur les avis et opinions des ainés Congoloais, s'est empressé d'obtenir pour vous une interview avec Mr. Mattieu Bosunga. Je vous invite à decouvrir le profil d'un Congolais que nous considerons comme: Leader Chrétien, homme d'état et père.

1.  Congoboston : Merci d’accepter et de répondre favorablement à notre invitation. Ma premiere question est de savoir Qui êtes-vous, Papa Bosunga ?

M. Mathieu Bosunga :

Je remercie Congoboston de s’intéresser à ma modeste personne. En effet, il m’est difficile de parler de moi-même. Brièvement, je vous dirai que j’ai 57 ans, marié depuis 37 ans et responsable d’une famille nombreuse.

Après mes études à l’ex-Université Libre du Congo à Kisangani et à l’ex-Université Lovanium de Kinshasa, je travaille à l’Eglise du Christ au Congo, ECC, depuis 1971 à ce jour. J’ai donc assumé plusieurs responsabilités: Préfet des études, Coordinateur National des Ecoles Conventionnées Protestantes, Directeur du Service de Communication, Directeur gestionnaire du Congo Protestant Relief Agency, CPRA (l’équivalent du Caritas catholique), Conseiller du Président National de l’ECC et Secretaire particulier du President Honoraire de l’ECC, feu Papa Evèque Bokeleale.

J’exerce actuellement les fonctions du Directeur Général du Centre Protestant d’Editions et de Diffusion, CEDI, du Président du Conseil d’Administration de l’Alliance Biblique de la République Démocratique du Congo, ABRDC, du Membre du Conseil d’Administration de l’Université Protestante au Congo, UPC, et depuis septembre 2002, du Président National de la Fédération Nationale des Hommes (Laics) Protestants du Congo, FNHP.   

En dehors de l’Eglise, j’étais Vice President du Conseil d’Administration des Instituts Supérieurs Pédagogiques, CA/ISP; Membre du Comité Central du MPR, ex-Parti-Etat; Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité du Territoire du Gouvernement élu et dirigé par le Premier Ministre Etienne Tshisekedi wa Mulumba pendant la Conférence Nationale Souveraine. Je suis aussi membre fondateur et Vice Président National du Parti Démocrate et Social Chrétien, PDSC, que préside présentement, Monsieur André Bo-Boliko Lokonga depuis le Congrès et la mort du feu Papa Joseph Ileo Songo Amba. Sur le plan extérieur, j’étais, durant huit ans, Président de l’Association Africaine pour l’Alphabétisation et l’Education des Adultes, AALAE, (siège à Nairobi, Kenya) et pendant quatre ans, Vice Président du Conseil International de l’Education des Adultes, ICAE, dont le siège se trouve à Toronto, au Canada. Pour mieux exercer ces différentes fonctions, j’ai suivi plusieurs séminaires et stages de formation au pays et surtout à l’étranger dans ces domaines. Permettez que je m’arrête ici à ce sujet.

2. CB : Quelles sont les bonnes nouvelles que vous nous amenez du pays. Comment se porte le Congo politique?

M. Bosunga :

Au moment où j’ai quitté le pays (le 15 mai 2003), j’ai laissé la classe politique occupée à mettre en place les institutions de la transition prévues dans les accords. Certaines composantes avaient déjà désigné leurs représentants à plusieurs niveaux, tandis que d’autres s’évertuaient à le faire avec quelques difficultés inhérentes à la nature de la tâche, à l’environnement social et aux influences multiples. Comme vous, j’apprends qu’il y a des blocages dans l’application des décisions, des contéstations, des atermoiements et même des hésitations. J’espère que l’interet national prévaudra et que tôt ou même un peu tard, les institutions de la transition fonctionneront pour le bien de tous.

3. CB : Parlez-nous un peu de vos  activités. Qu’est-ce qui vous occupe ces derniers temps?

M. Bosunga :

Comme indiqué dans la biographie sommaire présentée ci-dessus, je m’occupe actuellement à redresser la production de CEDI, qui est une grande Maison d’Edition, d’Imprimérie et de Librairie, en cherchant notamment à acquerir des machines d’imprimérie multicolores, modernes et performantes. C’est pour cela que je viens solliciter l’aide des partenaires anciens et nouveaux en occident (Europe et Etats-Unis d’Amérique). Je me préoccupe également à organiser et à redynamiser la Fédération Nationale des Hommes (Laics) Protestants, nouvellement constituée, à l’instar des Femmes et des Jeunes protestants qui évoluent bien depuis plus de deux décennies.

Sur le plan purement politique, je milite activement aux côtés du Président André Bo-Boliko, du Comité Directeur et de tous les combattants du PDSC, à instaurer la paix et la concorde dans le pays à travers une démocratie véritable. Notre Parti participe à toutes les négociations depuis le début du processus du Dialogue Intercongolais jusqu’à ce jour, non pas pour chercher à occuper des postes, mais pour présenter l’image d’une politique basée sur l’Evangile, cherchant d’abord l’intérêt général par l’exercice d’un pouvoir-service au lieu d’un pouvoir- domination ou d’intérêt égoiste qui occasionne la misère de notre peuple depuis la deuxième République à ce jour.

4. CB : Au Congo, plusieurs milieux vous reconnaisent comme étant paroissien de l’Eglise du Christ au Congo, Cathédrale du Centenaire. Pouvez-vous partager avec nous les nouvelles venant de l’Eglise?

M. Bosunga :

Je me réjouis de retrouver ici la plupart de nos enfants, paroissiens de la Paroisse Internationale Protestante de Kinshasa, PIPKIN, d’abord à Lukusa à Gombe, ensuite à la Cathédrale du Centenaire à Lingwala. En tant que Diacre de cette paroisse, je remercie le Seigneur que l’encadrement reçu vous a été bénéfique pour Sa gloire. La PIPKIN évolue bien. Mgr Marini Bodho, Président National de l’ECC, reste toujours le Ministre titulaire, secondé par Révérends Mpereboye et Ilunga. Rév Dr Mengi est nommé Pasteur Permanent. Papa Diacre Philippe Kiyanga devient l’Administrateur de la Paroise. Il s’occupe de tous les problèmes matériels avec les commissions ad hoc.

Après les départs des Pasteurs Diafwila au Canada, Bekofe et Mazaburu en France, Mutombo en Allemagne et, dernièrement Nsumbu en Suède, nous sommes restés avec les Pasteurs Ekofo Bonyeku, Ngoy Bolya et Nkulu Kankote. Les activités des jeunes, des femmes et des hommes se déroulent normalemnt. Le nombre et la qualité des chorales augmentent (neuf au total ) et s’améliorent . Parmi les trois cultes, à savoir, Lingala (7H30-9H00), Français 1 (9H30-11H30) et Français 2 (12H00-13H00), celui de Lingala accroit sensiblement l’éfféctif de participants. Il devient le deuxième culte en importance numérique après celui du Francais 1. Les commissions paroissiales et les cellules de jeudi dans les communes continuent à se développer. Beaucoup de mariages ont lieu les samedis. La Cathédrale est souvent sollicitée pour les concerts musicaux religieux et des manifestations officielles de grande envergure, comme le baptème et le mariage de la soeur du Président Joseph Kabila et son mari américain.

Néanmoins, les difficultés de transport inhérentes à la crise socio-economique fait diminuer par moments  le nombre de fidèles à quelques cultes du Dimanche; hormis les jours de fête comme Pâques ou Noël où l’assistance s’avère  toujours nombreuse. En bref, malgré la conjoncture difficile, votre paroisse fonctionne normalement.Elle prie pour vous et vous aussi,  soutenez-la et priez pour elle.

5. CB : Que peut-on retenir des négociations politiques sur le processus de la paix au Congo et l’accord global de transistion signé à Sun City le 1er Avril 2003 ?

M. Bosunga :

Il n’est pas facile de terminer une guerre qui a duré plus de cinq ans et qui a impliqué plusieurs facteurs , influences et intérêts. Les négociations ayant abouti à l’accord global et inclusif signé le 1er Avril à Sun City étaient la voie obligée d’essayer de restaurer la paix et l’intégrité territoriale au Congo. Il faut espérer que le calme revienne, malgré les difficultés objectives et subjectives de la mise en application intégrale de l’accord. Faisons confiance au peuple et à la classe politique congolaise ainsi qu’à l’assistance internationale pour le retour assez rapide de la paix dans le pays.

Les belligérants et les non belligérants devraient se rassurer mutuellement et tenir compte de la grande misère de la population pour laquelle ils prétendent lutter ou défendre les aspirations.  De même, les pays limitrophes de la RDC dévraient comprendre que la tranquillité et la prosperité de la région dépendent aussi du retour de la paix au Congo, et qu’ils ont intérêt de contribuer véritablement à l’avènement de cette paix..Dieu, qui écoute les prières et les supplications du peuple congolais, ne manquera pas de les exaucer et de ramener la concorde en RDC, dans un avenir proche.

6. CB : Plusieurs jeunes ici à Boston proviennent de l’ECC, plus précisement de la Cathédrale du Centenaire à Lingwala. Quel est votre message à cette jeunesse dont je fais partie?

M. Bosunga :

Mon message est celui d’éxprimer d’abord ma joie et ma fièrté, celles de vos parents et de l’ensemble de la paroisse de constater que vous restez attachés et fideles au Seigneur. Comme j’ai dit plus haut, ceci témoigne de la réussite de l’encadrement  moral et spirituel ainsi que  de l’éducation chrétienne reçue depuis votre enfance, dans vos familles respectives, à l’école et dans l’Eglise.Je vous conseillerais ensuite de profiter de votre présence ici pour vous développer  sur tous les plans: intellectuel, social et professionnel. Que ceux qui étudient le fassent avec persévérance, application et méthode, afin de figurer toujours parmi les meilleurs. N’interrompez jamais vos études avant de les avoir terminées avec succès.Que ceux qui travaillent se perfectionnent et s’améliorent davantage. Nous ne sommes pas un peuple paresseux. Nous sommes un peuple travailleur. Vous devez vous distinguer par votre sérieux et votre détermination de bien assumer vos responsabilités. Arrivez au travail à temps et, si nécessaire, quittez après les autres, après avoir achevé correctement la tâche journalière. Ne baclez rien. Demeurez honnêtes. Considérez votre lieu de travail comme votre propre entreprise.  Respectez vos supérieurs et soyez en bons termes avec tout le monde. Intercédez toujours pour votre travail et/ou pour vos études.

Soyez solidaires entre vous en vous entraidant et en vous soutenant mutuellement en toutes circonstances de joie ou de malheur. Votre village, votre clan et votre seule tribu c’est la République Démocratique du Congo. Organisez-vous en associations en vue d’entreprendre des projets ambitieux et réalistes ici en Amérique et au Congo.

Aimez-vous les uns les autres. Améliorez constamment vos relations avec  les autorités et le peuple américains qui vous accueillent. Adoptez tout le bien et réjetez tout le mal de ce pays. Vous vivez dans un pays d’immigrants où la réussite s’obtient, non plus au bout du fusil comme dans le temps, mais plutôt à la sueur de son front et à l’éfficacité de son imagination et de sa créativité. Profitez-en  et n’abusez de rien.

Comme tous les Juifs avec l’Etat d’Israel, ceux qui ont obtenu la nationalité américaine ne doivent pas oublier de soutenir leurs familles et leur pays d’origine.Votre savoir, votre savoir-faire et votre savoir-être vous élèveront, à condition que vous restiez attachés et fidèles au Seigneur.Priez sans cesse afin que Dieu soit toujours proche de vous, soit en vous, avec vous et pour vous, en tout moment et en toutes circonstances.Tel est mon message à vous et aux autres congolais établis dans ce pays et ailleurs dans le monde qui lisent votre site.

7. CB : Pasteur Marini a été élu au niveau du Sénat de la République Démocratique du Congo. Quels sentiments pouvez-vous partager aujourd’hui avec ses anciens paroissiens de Boston?

M. Bosunga :

Effectivement, la composante “Forces vives” ou la Société Civile à qui revenait la présidence du Sénat selon l’Accord de Sun City, a designé Mgr Dr Pierre Marini Bodho, à l’unanimité, pour occuper le poste du Président du Sénat pendant la transition. Naturellement ce sont des sentiments de joie, de fierté légitime, mais aussi d’une grande  responsabilité que nous devons avoir. Nous devons donc le soutenir dans la prière, mais également par des conseils responsables, tout en restant vigilants afin que sa préstation  politique réussisse pour l’honneur du pays, de toutes les Eglises et Conféssions religieuses et la gloire de Dieu.

8. CB: Quels sont, d’après vous, les effets positifs de l’intervention des forces étrangeres dans la ville de Bunia ?

M. Bosunga :

Certes, il est toujours regrettable de faire appel à une force extérieure pour résoudre un conflit interne. Néanmoins, la complexité de la situation à Bunia due à l’implication des complicités des pays voisins, nécessite actuellement l’intervention des troupes étrangeres neutres en vue de ramener la paix dans ce district et rassurer les protagonistes.Si les soldats de la MONUC et/ou les forces gouvernementales étaient en mesure de rétablir l’ordre, une autre intervention extérieure n’aurait pas été indispensable. Espérons cependant que l’Etat congolais et la Communauté internationale prendront  toutes les dispositions pour résoudre définitivement ce problème, surtout à la fin de l’intervention  étrangère.

9. CB: S’il vous etait demandé d’apprécier le travail accompli par Congoboston, quelles seraient vos impréssions ?

M. Bosunga:

Je suis agréablement surpris de l’effort fourni pour vous affirmer dans les média à travers le site Congoboston. Je vous encourage de perseverer et vous en felicité.Continuez à faire bien connaitre votre communauté et votre pays afin de susciter une opinion favorable et attirer les investissements propices à son développement économique et social.

Ne tombez cependant pas dans la tentation des médias occidentaux qui n’épinglent le sensationnel que lorsqu’il s’agit d’un évenement critique ayant produit un effet destructeur: graves accidents, conflits, guerres, famines, catastrophes naturelles etc. et se taisent au moment où un pays africain libère ses prisonniers politiques, construit un nouveau pont sans l’aide extérieure ou reussit à reduire le taux d’analphabétisme ou de mortalité infantile, par exemple. Informez l’opinion lorsqu’on a construit un hôpital, une école, une route ou un pont et regrettez quand on les détruit. Ayez une approche positive des événements de la vie et la nature vous sera favorable.

12. CB : Que dire du phénomène Nguma, un sujet de débat dans les milieux de la diaspora congolaise dans le monde ? Quels sont vos sentiments à ce propos ?

M. Bosunga :

Franchement, je ne connais pas grand’chose à ce sujet. Je conseillerais seulement aux congolais qui voudraient s’éxpatrier de le faire dans l’honneur et la dignité.

13. CB: Sur le plan politique, pensez-vous qu’à ce point il y ait encore une opposition politique ou militaire s’il y a une réelle transition ?

M. Bosunga :

Après tant d’années de transition, de conflits, de guerres, de pillages et de misères, les acteurs politiques voulaient sincèrement que durant la transition véritable et démocratique de deux ans, il n’y ait plus de groupes civiles ou  militares structurés qui se diraient  opposés aux institutions issues de l’Accord global et inclusif, lesquelles institutions étant  animées par toutes les composantes  et entités politico-militaires du pays,  avant l’issue des éléctions libres, transparentes et démocratiques dont les vainqueurs exerceraient le pouvoir face à une opposition connue, légitime et responsable.Cela ne voudrait pas dire qu’il y ait une uniformité de pensée et d’action durant la transition.  Sinon, on tomberait dans un système à pensée unique qui génère la dictature.La liberté de chacun sera garantie dans tous les domaines et aspects de la vie nationale, comme le souligne la Constitution de la transition.Néanmoins, quitte à voir comment les tenants du pouvoir pendant la transition, à tous les niveaux, respecteront eux-mêmes les préscripts de la Constitution pour éviter l’émergence des groupes d’opinion incontrolables.

14. CB : Pour terminer cette interview…Un mot de la fin, Papa Bosunga ?

M.Bosunga:

Oui. Je vous remercie de la confiance accordée à ma modeste personne. Aimez l’Eternel, votre Dieu de tout votre coeur et de toute votre âme; aimez votre prochain comme vous-même. Travaillez davantage pour votre épanouissement personnel et collectif.Priez pour l’Amérique, votre pays d’accueil. Soutenez et intercédez pour la République Démocratique du Congo, votre chère patrie. Que Dieu vous bénisse!

Interview réalisé à Boston  par l’Editeur Franklin Katunda

 
     
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