Interview with Alex Mulamba

 

Dans sa mission de faire connaître les fils et filles de la Diaspora congolaise les uns aux autres, CongoBoston fidèle à sa tradition reçoit notre compatriote Alex Mulamba, secrétaire général du  bureau de la communauté congolaise de New England (CCNE), banquier et membre du clergé de l’église La Vie Abondante, Church of God. Sans plus tarder, je m’en vais lui poser quelques questions, et vous invite à découvrir.

Congoboston (CB): Merci de votre disponibilité. Voudriez-vous présenter à notre public votre famille et vous présenter vous-même?

Alex Mulamba (AM) : Avant de me présenter et ma famille, je voudrais d’abord rendre grâce a Dieu pour ce qu’Il fait dans ma vie et a travers ma vie. Je voudrais également remercier CongoBoston et son Staff de me donner l’occasion de m’exprimer. Je réponds au nom de Alex Mulamba. Fils aine d’une famille nombreuse, je suis marié depuis 1993 à Madame Judith B. Mulamba. Dieu nous a donné la grâce d’avoir trois enfants et le quatrième est en route. Nous avons présentement un garçon du nom de Jonathan (9 ans et demi) et deux filles Merveille (7 ans et demi) et Esther (22 mois) Je suis financier de formation et j’ai eu à travailler pendant 5 ans comme Comptable à l’OGEFREM, l’office de Gestion du Fret Maritime ; une Entreprise du Portefeuille de l’Etat congolais. Présentement je suis “Senior Custody Specialist” dans une banque de Boston. Je suis également Serviteur de Dieu à “La Vie Abondante” Church of God où je suis membre du Conseil Pastoral et Responsable de l’administration de l’église.

CB:  Monsieur Alex Mulamba, secrétaire général de la communauté congolaise et cadre de banque à Boston; A la fois membre du clergé de l’église dévoué à la prédication de la Bible. Comment conciliez-vous ces tâches, lesquelles demandent des aptitudes et dons différents? 

AM : Le plus important c’est de connaître, de comprendre et de jouer son rôle. Dans la vie il faut faire la part des choses. A chaque niveau de responsabilité où je me trouve, j’essaie de faire de mon mieux pour ne pas mélanger. J’ai la grâce d’être doué de certaines aptitudes qui me permettent de répondre aux exigences de mes responsabilités à n’importe quel niveau. Ma famille évidemment joue un rôle derrière les rideaux, en me soutenant dans ce que je dois faire pour le bien des autres ; sans négliger ma première responsabilité qui est de prendre soin de ma maison. Je dois vous avouer que j’aime servir les autres et c’est ce que j’essaie de faire tous les jours..

CB : L’histoire étant un majeur élément de référence aux hommes sages, je voudrais signaler ici que venant de l’Europe, et après juste quelques années, vous avez démontré de votre dynamisme au service du peuple à Boston. Voulez-vous nous faire un bref récit là dessus ?

AM : Comme je viens de le dire tantôt, servir a toujours été mon cheval de bataille. Chaque fois qu’il y a pour moi une occasion de mettre à la disposition des autres les dons et les talents en ma disposition, je n’hésite pas un seul instant. Sous la conduite du Pasteur José Muzingu, nous avons été conduits à organiser une grande rencontre des Congolais de New England. Au départ, l’idée était de réunir les Congolais pour parler du Conseil des Chrétiens Unis pour le Développement du Congo (CCUDC)  Mais par la suite, nous avions estimé que nous pouvions faire d’une pierre deux coups en donnant l’occasion aux Congolais de New England de venir ensemble  pour réorganiser la Communauté. C’est ainsi que nous avions accepté de coordonner la Conférence tenue à l’hôtel Holiday Inn de Somerville en 1999. Cette rencontre était historique dans la mesure où elle nous a permis d’avoir comme orateurs, certaines personnalités qui ont eu à diriger la communauté congolaise dans le temps, et plusieurs aines et parents y avaient pris part. C’était aussi, à mon humble avis, le début de l’émergence d’un renouveau communautaire ; Même si les deux dernières années, la communauté en tant que corps a eu du mal à fonctionner normalement. Toutefois, à l’issue de la conférence tenue à Holiday Inn de Somerville en août 1999, une équipe avait été formée non seulement pour rédiger les textes de statuts et le règlement d’ordre intérieur de la communauté, mais aussi organiser les élections dans le plus bref délai. Si mes souvenirs sont exacts, les élections se sont déroulés en octobre 1999 sur le campus de Northeastern University, suivi de l’installation du Comite Exécutif conduit par M. Pierrot Bundu comme Président ; Muloba Bitonda, Vice-président ; Alex Mulamba, Secrétaire Général, et Bibiche Ndiku qui est Trésorière. Outre le Comité exécutif élu, un organe législatif dit Conseil a été élu le même jour ; celui comporte neuf conseillers qui sont : Rev. José Muzingu, Rev. Pacific Zagabe, M. Chico Zikianda, Mme Liliane Z.Buamulungu, M. Roger Bandoma, M. Papy Kimbi Longo, M. Denis Salumu, M. Serge Kazadi, et M. Roland (Papy) Tshiyoyo.

Pour moi ce n’est pas seulement occuper une position quelconque qui m’intéresse, mais c’est surtout d’être utile et de servir. Je voudrais continuer  à être un instrument au service des autres et c’est cela qui est ma plus grande motivation. Pour moi être au service de la communauté est plus important que d’avoir un quelconque titre ou  d’occuper une quelconque position.

CB : Quel est selon vous, l’avenir de votre pays, le Congo, à la lumière de la vie politique et économique aujourd’hui ? Espérez-vous en votre pays encore ?

AM : L’avenir du Congo se trouve entre les mains des congolais. Personnellement, je suis très sceptique quant à ces multiples rencontres organisées ça et là pour amener les politiciens congolais à se mettre d’accord sur l’avenir de notre pays. Mais l’expérience a démontré, depuis l’accession du Congo à la souveraineté nationale et internationale, que du temps a été perdu dans des conférences où les participants ne manifestent aucune volonté de changement. La politique de « La chaise vide » et de « Ôtes-toi que je m’y mette», continue à caractériser les décideurs d’aujourd’hui comme d’antan. Les nouvelles que nous recevons du Congo sont  plus qu’alarmantes ; Et si les mêmes causes produisent les mêmes effets, il est temps pour nos dirigeants d’être un peu plus objectifs. S’il est vrai que les ressources humaines et naturelles existent, il est temps pour les Congolais de dépasser le stade des intérêts personnels et égoistes au profit de l’intérêt supérieur de la nation congolaise et du peuple congolais. La situation au Congo peut et doit changer ! Notre plus grand mal se trouve, à mon avis,  dans la mentalité qui doit changer à tous les niveaux. Le déblocage de la situation doit passer par une prise de conscience commune et par un assainissement sans détour des mœurs. Certains aines qui ont joué un rôle important dans notre pays, devraient aujourd’hui nous servir de source d’inspiration plutôt que de source de blocage. Sinon, à quoi bon combattre pour un idéal et trahir le même idéal pour lequel beaucoup de sang a coulé. Le redressement de la situation passe et passera par cette chirurgie mentale et tout le reste suivra; car les initiatives sont là mais l’environnement n’est pas de nature à favoriser  l’épanouissement individuel et collectif. Toutefois, j’ose croire que le changement est encore possible.

CB : Comment pensez-vous, en tant que serviteur de l’évangile, changer la vie du congolais non-chrétien ici à Boston. Quelle est votre vision personnelle pour l’évangélisation des résidents (Autochtones et étrangers) des Etats-Unis ?

AM : En tant que prédicateur de la Bonne Nouvelle, je pense que je dois vivre le message que je prêche pour arriver à montrer au non chrétien que Christ peut changer la vie de quiconque et qu’avec  Lui nous pouvons faire la différence. J’ai toujours pensé que l’Eglise doit être presentée dans la vie des gens pour mieux les affecter. Il faut affecter une personne à la fois, et de cette manière la personne qui a été affectée pourrait aussi affecter d’autres personnes autour d’elle. Il a fallu à Jésus Christ douze personnes bien formées pour évangéliser le monde. L’Eglise aura l’impact demain si nous pouvons aider les gens à découvrir leur vraie identité, et les amener à comprendre que, peu importe ce qui a pris place dans leur vie jusqu’a ce jour, Christ peut les restaurer et les amener à être utiles aux yeux de Dieu et aux yeux des hommes.

J’ai à cœur un fardeau pour l’individu mais également pour les couples (familles) Un individu qui a découvert sa vraie identité selon Dieu et le domaine de son appel est comme une flèche dans la main de l’Eternel. Il est condamné à réussir et à  avoir de l’impact. Je vois beaucoup des leaders en perspectives. Il est temps de les motiver à avoir l’Esprit qui a animé Néhémie pour faire la différence avec du concret, chacun dans le domaine de son appel. Mon rôle c’est de motiver quiconque à ne pas négliger son don ou son talent ; de le développer et de le mettre à la disposition du monde qui en a besoin. C’est de là que la vraie promotion deviendra réalité. Quant à la famille, elle est et reste une entité incontournable pour l’épanouissement de l’individu. Et le message c’est de veiller à l’unité de la famille qui est la cellule de base de l’Eglise et de la Nation. Il y a plus de travail à faire avec quelqu’un qui sort d’une famille divisée que quelqu’un qui vient d’une famille unie. Je crois que l’Eternel des armées est un Dieu qui restore, élève et amène le vrai succès et la vraie promotion. Ceci vaut autant pour les Congolais que pour les ressortissants de n’importe quel pays au monde. Nous devons neanmoins tenir compte des facteurs d’ordre culturel pour nous faire entendre, et être un bon canal d’évangélisation. Dieu ne fait acception de personne.

CB : Quel est votre avis sur le travail que fait Congoboston, depuis janvier 2001, à travers son web-site communautaire ?

AM : CongoBoston s’est amélioré sensiblement. Je visites votre site au moins quatre fois par semaine. Je suis content que nous puissions avoir un outil d’information et de communication;

C’est un acquis pour toute la communauté, et la fait la fierté du congolais que je suis. Il y a des aines dans la communauté qui sont professionnels dans le domaine de la communication (je pense ici à papa Luyindula par exemple), ils peuvent vous être très utiles en mettant à votre disposition leur expérience. Je ne manquerai pas d’apporter les conseils nécessaires comme je l’ai toujours fait jusqu’aujourd’hui.

CB : Vous avez encore, je présume, bonne mémoire des souvenirs de la visite du président Kabila à Boston. Quelle leçon avez-vous tiré de cette dernière ? Comment mesurer l’impact de son adresse sur vos fonctions de leader à Boston, aujourd’hui ?

AM : Le passage du Président Joseph Kabila à Boston m’a personnellement permis de tirer quelques leçons. Le souci d’une coordination inclusive dans la conduite des affaires de la communauté. C’est pour cette raison, je pense plus que jamais, qu’il est temps  pour toutes les couches de notre communauté ici à Boston de se sentir partie prenante de la vie de la communauté congolaise en tant qu’organisation. Tous ceux qui ont une parcelle de leadership à tous les niveaux  se doivent de venir ensemble, de se tendre la main pour faire de New England un endroit d’où  partira un renouveau pour les Congolais de la diaspora avec la possibilité de faire entendre notre voix pour l’intérêt du Congo et du congolais. Ce qui a causé du tort au Congo, c’est des leaders très puissants qui pouvaient tout imposer à partir d’en haut, sans tenir compte des vraies aspirations de la population. Et pour ma part, j’ose croire qu’aspirer à une responsabilité est légitime, mais cela doit être pour servir d’abord l’intérêt de l’autre. Donc au niveau personnel, c’est cette prise de conscience et ce souci qui m’animent.

CB : Quelle est votre ambition majeure pou votre carrière professionnelle? Croyez vous un jour servir votre pays dans un autre cadre que celui de Boston aujourd’hui ?  Si oui comment est-ce que vous vous y préparez?

AM : Si j’ai une ambition majeure, c ‘est devenir ce que Dieu a prévu pour ma vie et être en mesure d’avoir un impact positif au niveau des individus mais aussi au niveau des familles. J’ai toujours eu à cœur d’être un bon serviteur de Dieu. Mais de l’autre côté, le souci du Congo a été toujours une interpellation de tous les jours : Depuis le bas age, je me suis toujours vu entrain de jouer un rôle dans ma Nation. Je me suis fixé des objectifs, et j’étudies minutieusement ce que sera mon rôle en apprenant le plus possible ici aux Etats Unis. Dieu seul sait ce que l’avenir nous réserve mais je me prépares ! Le Pasteur José Muzingu  a l’habitude de déclarer que lorsque la préparation rencontre l’opportunité, le succès est certain. La plus grosse erreur que je commettrais c’est d’accepter une responsabilité sans être prêt à l’assumer.

CB : La jeunesse congolaise de Massachusetts est appelée à travailler dur pour vivre décemment ; Faire les études anglophones pour des lendemains meilleurs. Pensez-vous que leur choix d’études puisse inclure le bénéfice à en tirer à travers un travail ici aux US ou une carrière à espérer plus tard au pays(francophone) ?

AM: Ce n’est pas une mauvaise chose de travailler durement surtout lorsqu’on vient des pays du tiers monde où la plupart des parents n’ont pas les moyens adéquats pour envoyer leurs enfants dans les grandes universités du monde. Quant au choix des études, cela dépend des aspirations individuelles : Le choix devrait tenir compte de sa vision de la vie et du rôle que chacun pense pouvoir jouer  dans la société de demain. Autant  que les études choisies ne sont pas en conflits avec la vision, je ne pense pas que cela soit un problème. C’est toujours bien de savoir où on va; cela va déterminer notre choix de tous les jours car la vie sur terre est faite de choix. Il est sûrement souhaitable de se former pour être en mesure d’évoluer sur n’importe quel terrain. Et si quelqu’un aspire un jour à rentrer dans son pays, il doit tirer au maximum tous les bénéfices d’étudier dans un pays qui est le sommet dans la plupart des domaines de la Science.

CB : Quel est l’avenir social et culturel ( sur le plan de la coutume congolaise) de notre génération d’âge, à la lumière des influences culturelles des pays étrangers où nous habitons ? Nos anciens ici à Boston, pour illustration, nous reprochent tacitement d’une certaine indifférence très « arrogante » Qu’en pensez-vous?

AM : A mon avis le danger de perdre nos racines est une réalité et si nous ne faisons rien aujourd’hui, les influences culturelles de ces pays prendront le dessus sur notre riche culture. Il est peut être bon de rechercher ensemble dans un cadre approprié, les voies et moyens pour palier à cette éventualité. Nous devons faire attention pour notre génération et même pour les générations futures de copier aveuglement ce que le monde occidental nous offre, et en même temps examiner ensemble ce qu’il y a de négatif dans nos coutumes, traditions et cultures.

Tout n’est pas a consommer et tout n’est pas a rejeter. Ce débat est vraiment ouvert

CB Quel mot de la fin pouvez-vous lancer, en cette occasion-ci, à une audience des gens que vous ne connaissez pas sur notre site ?

AM : Pour les personnes que je ne connais pas et qui pourrait lire cette interview et même pour les personnes que je connais, je demande l’indulgence des uns et des autres sur mes prises de positions. Je dis toujours ce que je penses et j’acceptes le droit à la différence.

Une fois de plus, Grand Merci à CongoBoston pour cette opportunité qui, je l’espère n’est pas la dernière. Je vous exhorte à aller de l’avant et a être au service de quiconque pourrait utiliser vos services. Au-delà de toutes choses, je prie que Dieu vous accorde la sagesse de bien gérer cet outil important de communication. Merci beaucoup !

CB : Nous vous remercions pour vos réponses à nos questions, et de votre appui moral et spirituel au travail effectué par le staff de Congoboston.com.

Alex Mulamba était interviewé à Boston, USA

Par Franklin Katunda, Editeur en chef de Congoboston.

© Congoboston. Mars 2003

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