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 Interview avec la Compatriote Julie Kabukanyi (Bibi)

 Congoboston, December 2003
 
Pour la première fois de son existence, notre rédaction vous fait découvrir une femme congolaise, digne de son nom…Loin de se cacher derrière les hommes, elle est active, humble mais réaliste sur son rôle à jouer dans une société ou les préjugés sont souvent posés sur les femmes.
 

L’éditeur Franklin Katunda, à la demande de plusieurs de nos lecteurs interviewe aujourd’hui notre compatriote, Julie Kabukanyi:  Merci, chère compatriote, de la possibilité offerte à notre équipe de rédaction de vous poser ces quelques questions.

1. Congoboston.com:  Lisant votre carte de visite je me suis rendu compte que j’avais affaire à une personnalité congolaise importante, haut-cadre de l’Etat auprès du cabinet du Gouverneur de l’Etat de Massachusetts. Parlez-nous de vous et vos fonctions?

Julie Kabukanyi: Merci Congo Boston. Je suis une fille du Congo. J'ai fait mes études successivement au Lycée du Sacre-cœur à Kinshasa, aux écoles belge de Matadi et Lubumbashi, Luishia, Mbanza-Boma et à l'Institut du Mont-Amba à Kinshasa. Après une Licence en Langue et Littérature anglaise à l'Université de Lubumbashi. J'ai travaillé durant 3 ans au pays, avant d’émigrer aux USA en 1991. J'ai un Bachelor en Sciences Infirmières et suis en train de poursuivre une maîtrise en Nursing Practice. Mes parents, frères et  sœurs vivent à Kinshasa.

Je travaille comme Coordinateur de programmes au Département de la Santé Publique de l'Etat du Massachusetts. Je coordonne et inspecte le service des interprètes dans les hôpitaux de Massachusetts. L’Etat a une très forte population de personnes qui parlent peu ou presque pas l’anglais, et sont sujets à la discrimination et au préjudice à cause de leur race, langue ou origine ethnique. En cela ils n'ont pas accès facile aux soins de santé. Je mène régulièrement une étude démographique de chaque cité et ville, j’obtiens les statistiques linguistiques et sur cette base, je suggère aux hôpitaux de créer un service d'interprètes et/ou engager un personnel bilingue. Cela est requis par les lois fédérales et étatiques. En outre, j'édite chaque année une brochure sur les populations de réfugiés et immigrants au Massachusetts par lequel un rapport statistique des élèves bilingues dans les écoles publiques est présenté.

2. Merci, depuis quand est-ce que vous êtes ici à Boston et quelle était l’opportunité qui vous a amené à travailler pour cet important organe du Gouvernorat de l’Etat?

Julie K:  Je suis à Boston depuis novembre 1991. J'ai été engagée au Département de la Santé Publique lorsque je faisais des recherches sur mon travail de fin d'études. Le sujet a plu au Directeur du bureau des réfugies et immigrants qui m'a prié de lui envoyer une copie du travail dès sa définition et ensuite m'a appelle pour une interview suivie d'une offre d'emploi. Cependant, étant aussi infirmière, j'ai passé mon Board et j'ai trouvé du travail dans un hôpital de la place.  Je suis satisfaite de ma carrière professionnelle, car j'ai l'opportunité de renforcer les lois promotrices de la santé des étrangers tout en pratiquant la profession médicale.

3. Parlez-nous de vos aspirations en tant que fille du Congo. Comment est-ce que vous pouvez aider vos compatriotes, immigrants ou réfugiés ici au Massachusetts?

Julie K.: Mes aspirations en tant que fille du Congo sont de contribuer au bien-être de la population du Congo. Je suis désabusée par les paroles vides et stériles des politiciens. Mon souci, c'est la population : Ce sont ces enfants qui sont affamés, les pieds nus en haillons errer aux environs de leurs écoles où ils ne peuvent plus rentrer car ils n'ont pas payé les frais scolaires ; Ce sont ces pauvres mamans congolaises, les yeux rouges d'avoir trop pleuré, et  qui travaillent dur pour des miettes afin de nourrir leurs familles ; Ce sont ces hommes congolais si dignes autrefois, mais dont la fierté, l'honneur ont été bafoués par une politique corrompue, ce sont ces populations qui meurent chaque jour sous les armes des envahisseurs assoiffés de nos richesses. Contribuer à effacer cette image de désolation, voilà mes aspirations, ma passion.

L'aide à mes compatriotes réfugiés et immigrants ici dans le Massachusetts ; C’est le temps que je prenne pour travailler avec votre website CongoBoston, la CCNE et les églises pour organiser notre communauté. Pour aider, il faut identifier les gens à aider ; Faire une évaluation des besoins et créer une structure. Il faut à ce niveau  faire appel aux  compatriotes qui occupent des postes importants dans les milieux politiques, académiques, médicaux, gouvernementaux, religieux etc. qui peuvent influencer la législature et apporter l'information utile aux Congolais.

4. Nous avons appris entant qu’organe de presse servant notre communauté que vous êtes coordinatrice d’une nouvelle association. Pouvez-vous nous donner les détails?

Julie K: la communauté congolaise s'agrandit de jour en jour et les problemes sociaux tels que le ‘homelessness’, le chômage, l'alcoolisme, le manque d'assurance médicale, l'abus des substances nocives, la détérioration des rapports familiaux, la criminalité deviennent évident. Il est impérieux  que nous confrontions cette situation.  Malgré l'existence de plusieurs organisations qui servent les Congolais, cette aide n'est pas à la portée de tous, car très exclusive et basée sur l'appartenance à certaines tendances tribales ou religieuses. Je ne blâme personne pour cela, c'est la nature congolaise de ne pas s’allier à ce qui est étranger au  cercle familial, tribal, social ou communautaire. Il faut changer cet état de choses si nous devons survivre. L'Association des femmes congolaises a été créée partant du principe qu' « éduquer une femme, c'est éduquer une nation » Si la femme, qui est le centre de la famille et l'éducatrice de base est interpellée, elle va agir pour le bien-être de sa famille, de sa communauté, elle va agir comme catalyseur de la société et apporter le changement. Nous avons en outre fait le constat que les femmes congolaises habituellement ne participent pas aux réunions des hommes. Il fallait donc créer un cadre typiquement féminin où elles pourront s'exprimer librement et apporter leur contribution à la construction d'une communauté solidaire et productive. C'est ainsi que le 26 août 2003,  six femmes, dont moi-même avons décidé de créer cette Association. Nous avons invité toutes les femmes congolaises pour un dialogue honnête et constructif, basé sur l'amour et l'unité. A ce jour, un Conseil d'administration qui se compose de dix femmes congolaises a été crée et s'est déjà attelé à la tâche. 

5. Quelle est la mission que cette association s’engage de remplir? Dans quel domaine?

Julie K: la mission de l'Association des femmes congolaises est de créer des liens de solidarité entre les Congolais, identifier les problèmes qui nous empêchent de nous organiser et créer une structure efficace pour une solution durable. Nous voulons  promouvoir la culture congolaise dans le « melting pot »  Américain ; Encadrer nos enfants et nos adolescents afin d’éviter une intégration trop rapide et négative c'est à dire l'adoption aveugle de tout ce qui est négatif dans la culture américaine et négliger ce que ce pays nous offre de positif. Protéger nos familles dans le processus d'acculturation et ses nombreux  problèmes tels que: le changement des rôles familiaux, l'impuissance des parents à éduquer leurs enfants selon nos traditions, le manque de support familial et communautaire, si essentiel à l'épanouissement psychologique de tout être humain.

6. Et si CongoBoston vous demandait d’écrire quelques réflexions pour sa rubrique des femmes congolaises “Femme Noire” et sur la Santé et la Nutrition“Health”, qu’est-ce qui vous viendrez à l’idée de dire?

Julie K: je parlerais de nos diverses cultures, de la femme congolaise qui est le centre du foyer et la gardienne des traditions culturelles; des problèmes de santé, aux quels les femmes congolaises sont à risque et les moyens de les prévenir; De l'importance d'une alimentation saine et équilibrée et surtout d’éviter les "diets" vides qui nuisent à la santé; Comment communiquer avec son médecin de manière assertive et être en charge de sa santé ! Des différents programmes que l'Etat de Massachusetts met à la disposition des immigrés et réfugies.

7. Quel est l’avenir de la jeunesse montante de la Diaspora, face au défi de reconstruction du Congo, à l’image de ce que les juifs des USA, de l’Europe et d’ailleurs font pour Israël?

Julie K: La jeunesse de la Diaspora congolaise a un avenir splendide. Elle est à la place qu'il faut au moment où il faut ; car elle est le futur du Congo qui est en train de connaître une période chaotique et a besoin de ses enfants. La jeunesse a le devoir de poursuivre ses études, apprendre ce que la démocratie responsable peut apporter à un pays en dérive comme le Congo. Elle doit donc s'équiper de toutes les connaissances possibles, elle doit en même temps s'organiser ici pour apporter de l'aide au pays, créer des ONG et contribuer à la reconstruction. Elle doit surtout éviter le superficiel et les distractions inutiles qui la ruinent.

8. Quelle est la place de votre association des femmes congolaises au sein de la grande famille de la Communauté congolaise de New England?

Julie K: l'Association des Femmes congolaises est une organisation congolaise ; Elle fait donc partie de la Communauté congolaise. Les mamans de l'Association ont apporté un soutien total à la réunion de l'assemblée Générale tenue le 22 novembre dernier. Elles veulent réconcilier les Congolais, afin que tous ensemble unis, nous puissions construire notre communauté. Seule l'union emmènera le progrès des congolais tant aux Etats-Unis qu'au Congo.

9. Un mot de la fin à toutes les compatriotes congolaises du Monde Entier, que dites-vous?

Julie Kabukanyi : A mes sœurs congolaises dans le monde entier, je dirais ceci : l'avenir de notre pays, le bien-être de notre peuple dépend des mamans. Nos enfants, nos frères, nos maris, nos pères, notre pays comptent sur nous: "mama aye, nzala esili!".

 Prenons conscience de nos responsabilités. Attelons-nous à des activités constructives. Organisons-nous partout où nous sommes et envoyons notre aide à nos compatriotes au Congo. Adoptons des hôpitaux, des centres de santé, des orphelinats, des écoles dans différentes contrées du Congo. Envoyons de l'aide régulièrement. Nous devons marcher ensemble pour construire un beau pays et  apporter l'espoir envers les nôtres qui se sont résigné à un sort malheureux. Merci à Congoboston, car c'est un honneur pour moi de m'adresser à vos fidèles lecteurs.

Interviewée à Lynn, Mass par Franklin Katunda, Editeur

© Congoboston.com, octobre 2003

 

     
 

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