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L’éditeur
Franklin Katunda, à la demande de plusieurs de nos lecteurs
interviewe aujourd’hui notre compatriote, Julie Kabukanyi:
Merci, chère compatriote, de la possibilité offerte à
notre équipe de rédaction de vous poser ces quelques
questions.
1.
Congoboston.com:
Lisant votre carte de visite je me suis rendu compte que
j’avais affaire à une personnalité congolaise importante,
haut-cadre de l’Etat auprès du cabinet du Gouverneur de
l’Etat de Massachusetts. Parlez-nous de vous et vos fonctions?
Julie
Kabukanyi: Merci Congo Boston. Je
suis une fille du Congo. J'ai fait mes études successivement au
Lycée du Sacre-cœur à Kinshasa, aux écoles belge de Matadi
et Lubumbashi, Luishia, Mbanza-Boma et à l'Institut du
Mont-Amba à Kinshasa. Après une Licence en Langue et Littérature
anglaise à l'Université de Lubumbashi. J'ai travaillé durant
3 ans au pays, avant d’émigrer aux USA en 1991. J'ai un
Bachelor en Sciences Infirmières et suis en train de poursuivre
une maîtrise en Nursing Practice. Mes parents, frères et
sœurs vivent à Kinshasa.
Je
travaille comme Coordinateur de programmes au Département de la
Santé Publique de l'Etat du Massachusetts. Je coordonne et
inspecte le service des interprètes dans les hôpitaux de
Massachusetts. L’Etat a une très forte population de
personnes qui parlent peu ou presque pas l’anglais, et sont
sujets à la discrimination et au préjudice à cause de leur
race, langue ou origine ethnique. En cela ils n'ont pas accès
facile aux soins de santé. Je mène régulièrement une étude
démographique de chaque cité et ville, j’obtiens les
statistiques linguistiques et sur cette base, je suggère aux hôpitaux
de créer un service d'interprètes et/ou engager un personnel
bilingue. Cela est requis par les lois fédérales et étatiques.
En outre, j'édite chaque année une brochure sur les
populations de réfugiés et immigrants au Massachusetts par
lequel un rapport statistique des élèves bilingues dans les écoles
publiques est présenté.
2.
Merci, depuis quand est-ce que vous êtes ici à Boston et
quelle était l’opportunité qui vous a amené à travailler
pour cet important organe du Gouvernorat de l’Etat?
Julie
K:
Je suis à Boston depuis novembre 1991. J'ai été engagée
au Département de la Santé Publique lorsque je faisais des
recherches sur mon travail de fin d'études. Le sujet a plu au
Directeur du bureau des réfugies et immigrants qui m'a prié de
lui envoyer une copie du travail dès sa définition et ensuite
m'a appelle pour une interview suivie d'une offre d'emploi.
Cependant, étant aussi infirmière, j'ai passé mon Board et
j'ai trouvé du travail dans un hôpital de la place.
Je suis satisfaite de ma carrière professionnelle, car
j'ai l'opportunité de renforcer les lois promotrices de la santé
des étrangers tout en pratiquant la profession médicale.
3.
Parlez-nous de vos aspirations en tant que fille du Congo.
Comment est-ce que vous pouvez aider vos compatriotes,
immigrants ou réfugiés ici au Massachusetts?
Julie
K.: Mes aspirations en tant que fille
du Congo sont de contribuer au bien-être de la population du
Congo. Je suis désabusée par les paroles vides et stériles
des politiciens. Mon souci, c'est la population : Ce sont
ces enfants qui sont affamés, les pieds nus en haillons errer
aux environs de leurs écoles où ils ne peuvent plus rentrer
car ils n'ont pas payé les frais scolaires ; Ce sont ces
pauvres mamans congolaises, les yeux rouges d'avoir trop pleuré,
et qui travaillent
dur pour des miettes afin de nourrir leurs familles ; Ce
sont ces hommes congolais si dignes autrefois, mais dont la
fierté, l'honneur ont été bafoués par une politique
corrompue, ce sont ces populations qui meurent chaque jour sous
les armes des envahisseurs assoiffés de nos richesses.
Contribuer à effacer cette image de désolation, voilà mes
aspirations, ma passion.
L'aide
à mes compatriotes réfugiés et immigrants ici dans le
Massachusetts ; C’est le temps que je prenne pour
travailler avec votre website CongoBoston, la CCNE et les églises
pour organiser notre communauté. Pour aider, il faut identifier
les gens à aider ; Faire une évaluation des besoins et créer
une structure. Il faut à ce niveau
faire appel aux compatriotes
qui occupent des postes importants dans les milieux politiques,
académiques, médicaux, gouvernementaux, religieux etc. qui
peuvent influencer la législature et apporter l'information
utile aux Congolais.
4.
Nous avons appris entant qu’organe de presse servant notre
communauté que vous êtes coordinatrice d’une nouvelle
association. Pouvez-vous nous donner les détails?
Julie
K: la communauté congolaise
s'agrandit de jour en jour et les problemes sociaux tels que le
‘homelessness’, le chômage, l'alcoolisme, le manque
d'assurance médicale, l'abus des substances nocives, la détérioration
des rapports familiaux, la criminalité deviennent évident. Il
est impérieux que
nous confrontions cette situation.
Malgré l'existence de plusieurs organisations qui
servent les Congolais, cette aide n'est pas à la portée de
tous, car très exclusive et basée sur l'appartenance à
certaines tendances tribales ou religieuses. Je ne blâme
personne pour cela, c'est la nature congolaise de ne pas
s’allier à ce qui est étranger au
cercle familial, tribal, social ou communautaire. Il faut
changer cet état de choses si nous devons survivre.
L'Association des femmes congolaises a été créée partant du
principe qu' « éduquer une femme, c'est éduquer une
nation » Si la femme, qui est le centre de la famille et
l'éducatrice de base est interpellée, elle va agir pour le
bien-être de sa famille, de sa communauté, elle va agir comme
catalyseur de la société et apporter le changement. Nous avons
en outre fait le constat que les femmes congolaises
habituellement ne participent pas aux réunions des hommes. Il
fallait donc créer un cadre typiquement féminin où elles
pourront s'exprimer librement et apporter leur contribution à
la construction d'une communauté solidaire et productive. C'est
ainsi que le 26 août 2003,
six femmes, dont moi-même avons décidé de créer cette
Association. Nous avons invité toutes les femmes congolaises
pour un dialogue honnête et constructif, basé sur l'amour et
l'unité. A ce jour, un Conseil d'administration qui se compose
de dix femmes congolaises a été crée et s'est déjà attelé
à la tâche.
5.
Quelle est la mission que cette association s’engage de
remplir? Dans quel domaine?
Julie
K: la mission de l'Association des
femmes congolaises est de créer des liens de solidarité entre
les Congolais, identifier les problèmes qui nous empêchent de
nous organiser et créer une structure efficace pour une
solution durable. Nous voulons
promouvoir la culture congolaise dans le « melting
pot » Américain ;
Encadrer nos enfants et nos adolescents afin d’éviter une intégration
trop rapide et négative c'est à dire l'adoption aveugle de
tout ce qui est négatif dans la culture américaine et négliger
ce que ce pays nous offre de positif. Protéger nos familles
dans le processus d'acculturation et ses nombreux
problèmes tels que: le changement des rôles familiaux,
l'impuissance des parents à éduquer leurs enfants selon nos
traditions, le manque de support familial et communautaire, si
essentiel à l'épanouissement psychologique de tout être
humain.
6.
Et si CongoBoston vous demandait d’écrire quelques réflexions
pour sa rubrique des femmes congolaises “Femme Noire” et sur
la Santé et la Nutrition“Health”, qu’est-ce qui vous
viendrez à l’idée de dire?
Julie
K: je parlerais de nos diverses
cultures, de la femme congolaise qui est le centre du foyer et
la gardienne des traditions culturelles; des problèmes de santé,
aux quels les femmes congolaises sont à risque et les moyens de
les prévenir; De l'importance d'une alimentation saine et équilibrée
et surtout d’éviter les "diets" vides qui nuisent
à la santé; Comment communiquer avec son médecin de manière
assertive et être en charge de sa santé ! Des différents
programmes que l'Etat de Massachusetts met à la disposition des
immigrés et réfugies.
7.
Quel est l’avenir de la jeunesse montante de la Diaspora, face
au défi de reconstruction du Congo, à l’image de ce que les
juifs des USA, de l’Europe et d’ailleurs font pour Israël?
Julie
K: La jeunesse de la Diaspora
congolaise a un avenir splendide. Elle est à la place qu'il
faut au moment où il faut ; car elle est le futur du Congo
qui est en train de connaître une période chaotique et a
besoin de ses enfants. La jeunesse a le devoir de poursuivre ses
études, apprendre ce que la démocratie responsable peut
apporter à un pays en dérive comme le Congo. Elle doit donc s'équiper
de toutes les connaissances possibles, elle doit en même temps
s'organiser ici pour apporter de l'aide au pays, créer des ONG
et contribuer à la reconstruction. Elle doit surtout éviter le
superficiel et les distractions inutiles qui la ruinent.
8.
Quelle est la place de votre association des femmes congolaises
au sein de la grande famille de la Communauté congolaise de New
England?
Julie
K: l'Association des Femmes
congolaises est une organisation congolaise ; Elle fait
donc partie de la Communauté congolaise. Les mamans de
l'Association ont apporté un soutien total à la réunion de
l'assemblée Générale tenue le 22 novembre dernier. Elles
veulent réconcilier les Congolais, afin que tous ensemble unis,
nous puissions construire notre communauté. Seule l'union emmènera
le progrès des congolais tant aux Etats-Unis qu'au Congo.
9.
Un mot de la fin à toutes les compatriotes congolaises du Monde
Entier, que dites-vous?
Julie
Kabukanyi : A mes sœurs congolaises
dans le monde entier, je dirais ceci : l'avenir de notre
pays, le bien-être de notre peuple dépend des mamans. Nos
enfants, nos frères, nos maris, nos pères, notre pays comptent
sur nous: "mama aye, nzala esili!".
Prenons conscience de nos responsabilités. Attelons-nous à
des activités constructives. Organisons-nous partout où nous
sommes et envoyons notre aide à nos compatriotes au Congo.
Adoptons des hôpitaux, des centres de santé, des orphelinats,
des écoles dans différentes contrées du Congo. Envoyons de
l'aide régulièrement. Nous devons marcher ensemble pour
construire un beau pays et
apporter l'espoir envers les nôtres qui se sont résigné
à un sort malheureux. Merci à Congoboston, car c'est un
honneur pour moi de m'adresser à vos fidèles lecteurs.
Interviewée à Lynn,
Mass par Franklin Katunda, Editeur
©
Congoboston.com, octobre 2003
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